Denuvo, le titan anti-piratage

Depuis plus d’un an, Denuvo empêche et bloque totalement le piratage de jeux PC. J’avais envie de vous en parler, un peu.

Denuvo, nouvel allié du DRM

Denuvo est un système anti-tamper (anti-sabotage) conçu par la société autrichienne Denuvo Software Solutions GmbH et est la renaissance de SecuROM, ancien système de protection de CD et DVD conçu par Sony (Bioshock utilisait ce système, à l’époque). Cela fait maintenant plus d’une année que de nombreux groupes de hackers essayent de passer à travers et sans succès, empêchant tout piratage des plus grosses franchises et autres triples AAA.

Denuvo fonctionne à côté des technologies de DRM (Digital Rights Managements, en français Gestion des Droits Numériques), mais d’une manière différente. Steam, Origin, Uplay, toutes ces plates-formes de téléchargement légales fonctionnent avec DRM : une bibliothèque privée pour le joueur, des jeux activés uniquement par clé CD et via internet. En simple, il est quasiment impossible aujourd’hui de pirater un jeu multijoueur, ce dernier nécessitant un accès à internet permanent. Le but de Denuvo diffère donc mais reste relativement simple : le système crypte certaines données ou portions d’un jeu et vérifie que ces dernières n’ont pas été modifiées. La seule manière de récupérer ces portions de jeu passent par les serveurs de Denuvo, et donc, nécessitent d’avoir une copie légalement achetée de votre jeu, sans quoi la connexion y sera tout simplement impossible.

La difficulté ? Denuvo récupère la modèle et la révision de votre processeur (il en existe des milliers) et génère dynamiquement le code qu’il manque pour faire fonctionner le jeu, en fonction de l’environnement de votre processeur. Il est donc quasiment impossible de « patcher » ce système, tant il y a de paramètres à prendre à compte, sans parler du fait que les contours du programme restent très opaques. La société explique que ce système n’est pas actif en permanence sur le disque dur en terme de lectures et d’écritures, et n’influe pas sur la gestion de la RAM continuellement, empêchant théoriquement donc tout impact sur les performances en jeu. On se souvient néanmoins du lancement récent de Far Cry Primal et du code d’erreur que de nombreux joueurs ont eu à cause de Denuvo, empêchant les joueurs PC de… lancer le jeu. La société autrichienne explique aussi que ce système peut laisser des fichiers sur votre ordinateur – même si vous désinstallez votre jeu – mais qu’il est facilement identifiable et peut être supprimé. J’ai beau avoir cherché sur ma propre machine après l’achat de Rise Of The Tomb Raider, je n’ai rien trouvé. Si quelqu’un sait où se trouve ces fichiers, je suis preneur.

De plus en plus de jeux concernés

Rise Of The Tomb Raider, FIFA 2016, Just Cause 3, Unravel, le dernier Far Cry Primal… Même Anno 2205 vient de faire une mise à jour expliquant qu’il passera dorénavant par Denuvo. La liste s’allonge, et les éditeurs se frottent les mains : Square-Enix, Capcom, EA, Ubisoft… De plus en plus de sociétés s’y abonnent, alors que les groupes réputés de hackers n’arrivent pas à le contourner. Un autre problème majeur, Denuvo est très souvent mis à jour, lui aussi – à chaque nouveau jeu, une nouvelle version, et donc, de plus en plus de difficultés pour le contourner. On est proches du jailbreak pour iOS, très proches. A ce jour, aucun de ces jeux n’a pu être piraté.

L’entreprise explique vouloir aussi s’attaquer, à terme, aux softwares et à d’autres médias (comprendre : faire littéralement exploser internet), mais ce qui serait aussi à mon avis la meilleure façon de forcer les développeurs à créer plus de logiciels libres. Il faut voir le côté positif.

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Un titan dans l’éternelle gué-guérre contre le piratage

La véritable question que tout le monde se pose depuis le début des systèmes P2P semi-centralisés, c’est si cette guerre contre le piratage est vraiment nécéssaire, et si elle a un véritable impact sur le marché (du jeux vidéo). Il n’y a aucune statistique sur ça, aucune preuve tangible, hormis le fait que le marché du jeux vidéo PC se porte extrêmement bien et malgré l’énorme quantité de jeux PC piratés. Il suffit de jeter un oeil aux chiffres de vente de Steam qui ne réunit « que » 15% des ventes de jeux PC : elles sont simplement dantesques. Néanmoins, le seul véritable impact économique se ressent (généralement) dans le premier mois de vente – après 30 jours, le jeu se vendra de moins en moins. Hormis l’aspect économique, la plupart des joueurs PC piratent leurs jeux depuis longtemps, mais très souvent dans le but d’essayer le produit avant de l’acheter, puisque les démos n’existent plus. Ces démos sont maintenant camouflées sous des beta plus ou moins concluantes, comme The Division récemment, ou Battleborn – ce qui est, à mon avis, une très bonne manière de promouvoir son produit avant l’achat, même si le but initial reste théoriquement du test technique.  On peut néanmoins essayer nos jeux sur la plupart des boutiques virtuelles : les délais de rétractations se sont étendus, avec 2h de jeu maximum pour Steam, et 7 jours d’essai sur Origin, par exemple. Chouette alternative.

Une relation de confiance

Même si l’intérêt premier du piratage consiste à économiser de l’argent, je pense qu’il est extrêmement important qu’une relation de confiance entre l’éditeur et le jour s’installe. Le studio polonais CD PROJEKT RED (et la plateforme GOG) le savent très bien : en sortant des jeux sans DRM (et sans Denuvo, au passage), ils laissent encore aujourd’hui le choix d’acheter ou non leurs jeux, en établissant directement cette relation de confiance, où la communication de l’éditeur est essentielle. Plus l’éditeur fait confiance en son joueur, le considère, et le remercie d’acheter son jeu sur lequel il a durement travaillé, plus le joueur se sent concerné, et souhaite que cette entreprise fonctionne et prospère. A l’inverse, les éditeurs qui sortent un jeu (au prix conséquent) et au contenu additionnel aussi cher que le jeu de base n’apportera que le désintérêt et la lassitude des joueurs, qui estimeront que l’entreprise ne mérite pas qu’on paye le prix, mais qu’eux en payent le prix, au contraire. Ces stratégies de communication et de marketing sont, je le pense, essentielles. Au fond, Denuvo n’est qu’une réponse rationnelle et habituelle des ayants-droits, mais je me demande sincèrement si ce n’est pas du simple bricolage. Après tout, si j’apprécie le travail de quelqu’un ou de quelque chose, j’ai envie de l’acheter ou de le promouvoir, c’est aussi simple que ça, même si ce système d’acheter en fonction de la qualité peut en déranger certains.

Même si Denuvo est un vrai casse-tête pour les groupes de hackers, je ne pense pas qu’il soit nécessaire aujourd’hui de crier à la fin du piratage sur PC – à chaque défense, son attaque. Pendant ce temps, il reste des tonnes de solutions pas chères pour se procurer un jeu PC, comme les soldes sur les plates-formes de jeux (Steam, Origin…). Il reste aussi et toujours les achats de clés CD sur des sites tiers, comme instant-gaming, G2A ou encore Kinguin, où certains jeux sont à -50% le jour de sortie, et parfois plus. Néanmoins, pas certain que ces plates-formes de vente de clés CD rapportent beaucoup d’argent aux éditeurs et aux (petits) studios de développement. Bref, dans l’attente, ce ne sont pas les alternatives qui manquent.